Note: Cet article a originalement publié sur le blogue d’iXmédia le 2 février 2011.

Préface d’Isabelle Fluet, directrice artistique chez iXmédia
« Illustrator CS5 a changé ma vie » Eh bien oui mesdames, messieurs! Félix nous clame haut et fort son amour envers Illustrator depuis le mois d’août 2010. A-t-il subi un lavage de cerveau ou plutôt désire-t-il devenir guru d’une nouvelle secte? Peu importe, faites gaffe amis designers et préparez-vous à vous faire brasser les idées :) Félix vous partagera pendant une heure trente les points forts et avantages de ce super outil pour les maquettes web. Étant une « vieille designer » (je veux dire avec pas mal beaucoup d’expérience), changer mes habitudes ne sera pas facile…. mais bon, tout ce que je peux dire c’est: Lâche pas Félix! :)
Sans blague, je crée des maquettes web dans Illustrator!
Je suis designer web chez iXmédia et lors les derniers mois, j’ai fait une expérience assez particulière. Depuis que la chaîne graphique qui structure la production web est mature et que des spécialistes travaillent indépendamment les différents volets de la production, les graphistes spécialisés dans le design web utilisent très majoritairement Adobe Photoshop pour réaliser les différentes maquettes qui composent un site. Avec la sortie de la plus récente version d’Illustrator, incluse dans la suite CS5, j’ai décidé d’utiliser presque qu’exclusivement ce logiciel pour les plus récents projets dont j’ai été responsable. J’ai depuis longtemps utilisé Illustrator dans mon passé de designer graphique en production imprimée, mais pour l’écran, il ne me servait que pour créer de certains éléments alors importés dans Photoshop pour y poursuivre le travail. Lors de ma transition, j’ai eu de bonnes surprises, mais aussi un bon lot d’embuches. Avec le temps, j’ai réussi à trouver des méthodes pour contourner les nouveaux problèmes que j’ai rencontré qui pouvaient surgir à toutes les étapes du processus.
Cet article présente d’abord les nombreux avantages et les inévitables inconvénients de la migration vers AI (Adobe Illustrator) dans le processus de design web. Par la suite, j’expliquerai comment préparer votre environnement de travail en vue d’un nouveau projet web créé dans AI et je vous présente en détail les outils et techniques qui s’ajoutent à votre arsenal habituel de Photoshop. Je présenterai finalement les solutions que j’ai trouvé à la plupart des obstacles que j’ai rencontrés. Cet article s’adresse donc principalement à mes confrères et consoeurs «web designers», et je cherche au passage à faire mes doléances à Adobe afin que les prochaines versions d’Illustrator règlent les désagréments actuels.
La page écran et Illustrator
Cela fait déjà depuis plusieurs versions qu’AI est amélioré par son éditeur Adobe pour devenir un outil viable au design de pages écran. J’entend par page écran un document créé afin d’être diffusé uniquement sur un moniteur d’ordinateur, la télévision, un téléphone intelligent ou même au cinéma. Lorsqu’il s’agit de lumière et non d’encre, toute la logique de reproduction de la couleur change et on passe alors, comme vous le savez, du CMYK au RGB, des «Points par pouces» et des linéatures de trame aux pixels et autres notions comme l’antialiasing. Illustrator propose donc depuis longtemps un mode d’édition en RGB et des modes d’exportations en formats «bitmap», non vectoriels, dont le lissage (antialiasing) est adapté à la représentation sur un écran. Les versions antérieures à AI CS5 avaient cependant un problème majeur et fort nuisible qui pour moi les disqualifiaient d’office pour devenir l’outil principal du designer web: l’absence d’une «grille de pixels». En effet, dans AI CS4 par exemple, un trait vertical ou horizontal dessiné à la souris avait toutes les chances de tomber entre deux pixels d’une page écran, car le degré de précision du format vectoriel est tel que la reproduction qui en est faite à l’écran n’est qu’une approximation de la réalité des données du document. La ligne tracée au pixel 450 de votre règle tombe alors sur le pixel 450,393 ou 449,982! Le résultat typique: un effet non désiré de lissage. Un filet noir de 1pixel devient trop souvent un filet gris de 2 pixels. Pour moi, la grande nouveauté de CS5 est l’addition d’une grille de pixels, qui permet au designer de travailler à un niveau de précision limité artificiellement à la définition d’un écran. On peut donc positionner les éléments de manière intuitive, le logiciel compensant pour faire arriver les mesures à des distances arrondies au pixel près. Plus de lissage non désiré n’est produit. Ce changement à lui seul m’a convaincu de faire l’expérience d’une transition vers AI.
Photoshop c’est pour les photos!
Dire que Photoshop a évolué au fil du temps serait bien injuste pour ses développeurs! J’utilise Photoshop depuis la version 2.0, sortie en 1992 et j’ai connu, apprivoisé et utilisé la plupart des nouveautés ajoutées au fil des 13 autres révisions majeures (avis aux geeks, je compte la version 2.5 et 5.5). De l’outil de retouche photo qu’il a toujours été se sont même greffés des modules d’animation et de 3D qui en font aujourd’hui un monstre multi-usages. Les designers web d’aujourd’hui l’utilisent pour faire de la mise en page, non pas de la retouche photo. Pour sa part, depuis la révolution de la publication assistée par ordinateur, Illustrator (et feu Freehand) est utilisé pour la mise en page d’affiches, de papeteries, de dépliants et de toutes sortes d’outils imprimés ne comprenant pas plusieurs pages. La mise en page fait donc partie de l’ADN d’Illustrator. Le meilleur exemple de cela est qu’AI comporte une beaucoup plus grande polyvalence pour la création et la manipulations de boîtes de texte, de gestion de la typographie, des guides et grilles, des palettes de couleurs… Ce n’est pas pour enlever les rides ou les boutons sur un visage!
La couleur, ça se gère
Toute la question de la gestion de la couleur est simplement plus agréable dans Illustrator. Dans Photoshop, la palette de «swatches» (nuancier dans la version française) est partagée entre tous les documents. Lorsqu’on passe d’un projet à un autre, notre «collection» de couleur ne change pas. Photoshop offre des outils pour sauvegarder des palettes, mais leur utilisation n’est pas très pratique dans un contexte de production où l’on passe souvent d’un mandat à un autre. Illustrator, pour sa part, conserve nos couleurs dans le document-même. Il nous permet de les classer par dossiers, de créer des agencements de palettes selon les différentes méthodes et théories de la couleur, et de rechercher et remplacer des objets du document qui ont telle ou telle couleur. Des outils permettent aussi de «recolorer» le document au complet avec d’autres palettes. Dans Photoshop, si on veut changer une couleur utilisée dans une maquette, il faudra retrouver manuellement tous les éléments de cette couleur et les corriger un par un.
À suivre…
D’autres volets viendront compléter cet article, en marge de ma conférence du WAQ. Vous pourrez y lire:
- Les nouveautés des versions récentes d’AI pour le design destiné à l’écran
- Préparer son environnement de travail, grilles et autres réglages
- Tout sur la manipulation des textes et de la typo
- Manipulation directe des objets
- Travailler avec l’indépendance de résolution
- Travailler avec des images externes liées
- Découvrir les avantages d’AI pour la création et la créativité
- Utiliser la grille de pixels
- Utiliser les symboles
- Les techniques de travail particulières à Illustrator pour gagner en efficacité
- Gestion des calques de AI, qui sont très différents de ceux de Photoshop
- Exporter son travail en Photoshop pour l’intégration HTML/CSS
- et surtout… Comment contourner les embuches qui pourraient vous décourager.